Façade d'immeuble résidentiel français avec chauffage collectif gaz
Publié le 8 février 2026

Quand Françoise m’a appelé l’an dernier, elle était au bord de la crise de nerfs. Présidente du conseil syndical depuis trois ans, elle venait de recevoir la régularisation des charges : +42% sur le poste gaz. Les copropriétaires la tenaient pour responsable. Ce qu’elle ignorait, c’est que sa copropriété payait encore le tarif réglementé — supprimé depuis juillet 2023 — sans jamais avoir renégocié. Son cas n’est pas isolé. La bonne nouvelle : avec les bons leviers, une réduction de 15 à 25% reste accessible en quelques mois.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion de copropriété personnalisé. Les tarifs et conditions mentionnés peuvent évoluer. Consultez votre syndic professionnel ou un courtier en énergie pour une analyse adaptée à votre situation.

L’essentiel pour réduire votre facture gaz en 4 points :

  • Le chauffage représente 66% de votre consommation énergétique — c’est votre premier levier
  • Fin des tarifs réglementés depuis juillet 2023 : vous devez négocier activement
  • Changement de fournisseur : 60 à 90 jours entre la décision et la mise en service
  • Économies réalisables : 15 à 25% selon votre profil et le moment de la négociation

Pourquoi votre facture de gaz explose (et ce n’est pas une fatalité)

66%

Part du chauffage dans la consommation énergétique d’un ménage français

Je ne vais pas vous mentir : comprendre sa facture de gaz, c’est un casse-tête. Entre l’abonnement, le prix du kWh, l’acheminement et les taxes, même les syndics professionnels s’y perdent. Ce que vous devez retenir, c’est que selon l’ADEME, le chauffage pèse 66% de la consommation énergétique d’un ménage. Dans une copropriété avec chauffage collectif, le gaz représente souvent le premier poste de dépenses.

La chaufferie collective : là où se joue une grande partie de vos charges



Depuis le 1er juillet 2023, c’est terminé : les tarifs réglementés de vente du gaz ont disparu pour toutes les copropriétés. Si votre syndic n’a rien fait depuis cette date, vous payez probablement une offre de repli — rarement la plus avantageuse. Le prix repère publié par la CRE atteignait 145,04 €/MWh TTC en janvier 2025, soit une hausse de 4,38% selon Service-public.fr.

Ce qui me frappe dans les dossiers que je traite : beaucoup de copropriétés ignorent que l’accise sur les gaz naturels (l’ex-TICGN) représente à elle seule 16,39 €/MWh depuis février 2026. C’est une composante fixe, impossible à négocier. Votre marge de manœuvre se situe sur le prix de la molécule — et c’est justement là que les fournisseurs jouent.

Les 4 leviers concrets pour réduire votre facture dès cette année

Mon avis, et je l’assume : commencez par la mise en concurrence des fournisseurs avant d’envisager des travaux lourds. C’est rapide, gratuit, et les économies sont immédiates. Voici les quatre leviers par ordre d’efficacité dans les copropriétés que j’accompagne.

  1. Changer de fournisseur : le levier le plus rapide. Comptez 60 à 90 jours entre la décision et la mise en service effective.
  2. Négocier le type de contrat : prix fixe ou indexé, le choix impacte votre budget sur 1 à 5 ans.
  3. Optimiser le timing : les prix varient selon la saison et la tension sur les marchés de gros.
  4. Améliorer le rendement technique : réglage de la chaudière, désembouage, équilibrage du réseau.

Les 3 pièges contractuels que je vois trop souvent

  • Clauses de tacite reconduction qui vous engagent sans que vous le sachiez
  • Pénalités de résiliation anticipée pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros
  • Prix « fixe » qui ne l’est que sur la molécule — les taxes et l’acheminement restent variables

L’erreur classique que je rencontre chez les syndics : demander des devis à des dates différentes, ce qui rend toute comparaison impossible. Sur les dossiers que j’ai vus en Île-de-France, l’écart entre deux devis décalés de 15 jours peut atteindre 8 à 15%. Les marchés de gros sont volatils — vous devez demander tous vos devis le même jour.

Cas concret : Résidence Les Tilleuls, Villeurbanne

J’ai accompagné cette copropriété de 42 lots l’année dernière. Chauffage collectif gaz, contrat Engie historique jamais renégocié. Facture annuelle : 38 000 €. Le syndic bénévole était débordé, il avait peur de mal faire. Nous avons lancé une mise en concurrence via un courtier, comparé 5 offres simultanées, et opté pour un contrat prix fixe 3 ans chez un fournisseur alternatif. Résultat : 6 200 € économisés par an, soit 16% de réduction. L’AG a validé à 87% des voix.

Si vous cherchez à limiter vos dépenses en chauffage au-delà du simple changement de contrat, d’autres optimisations techniques existent — mais elles demandent souvent un investissement initial.

Changer de fournisseur : la procédure pas à pas pour votre copropriété

Soyons clairs : cette démarche n’est pas compliquée, mais elle demande de la rigueur. Les recommandations du Médiateur national de l’énergie confirment que le changement de fournisseur se vote en AG à la majorité simple (article 24 de la loi du 10 juillet 1965). Pas besoin de majorité absolue, sauf si vous donnez mandat au conseil syndical pour négocier seul — là, c’est l’article 25.

Préparer le dossier et collecter les données

Préparer un dossier solide avant l’AG facilite le vote



Avant toute demande de devis, vous devez réunir votre CAR (Consommation Annuelle de Référence). C’est le volume en MWh que votre copropriété consomme sur 12 mois — les fournisseurs s’appuient dessus pour tarifer. Demandez vos trois dernières factures annuelles au syndic, plus le relevé du compteur.

Pour les copropriétés de 50 à 200 lots, n’oubliez pas que le DPE collectif est obligatoire depuis janvier 2025. Son coût varie entre 1 000 et 5 000 € selon l’ADEME. Autant le faire maintenant : il vous servira aussi à identifier des pistes de travaux.

Lancer la mise en concurrence au bon moment

Franchement, le timing compte énormément. Les prix du gaz sur les marchés de gros (le fameux TTF) fluctuent chaque jour. En période de tension — généralement l’automne avant l’hiver — les offres sont moins avantageuses. Je recommande de lancer vos demandes entre mars et juin, quand la demande est basse.

Demandez systématiquement 4 à 5 devis simultanés. Vous pouvez passer par un courtier spécialisé ou utiliser un comparateur comme opera-energie.com pour gagner du temps. L’essentiel : tous les devis doivent être datés du même jour pour être comparables.

Valider en AG et sécuriser la transition


  • Décision AG de renégocier le contrat gaz

  • Envoi demandes devis simultanées à 4-5 fournisseurs

  • Analyse comparative et présentation au conseil syndical

  • Vote en AG ou validation par délégation

  • Mise en service effective nouveau fournisseur

Un point que beaucoup ignorent : le changement de fournisseur est gratuit et sans coupure. Le nouveau fournisseur gère la résiliation de l’ancien. Aucun risque d’interruption de chauffage pendant la transition — c’est le gestionnaire de réseau (GRDF) qui assure la continuité.

Prix fixe ou prix indexé : mon analyse pour 2025-2026

C’est LA question que me posent tous les conseils syndicaux. Ma réponse : ça dépend de votre tolérance au risque et de la taille de votre copropriété.

Prix fixe vs prix indexé : le match pour 2025
Critère Prix fixe Prix indexé
Stabilité budgétaire Excellente — budget prévisible sur 1-3 ans Faible — variations mensuelles possibles
Potentiel d’économie Limité — vous payez une prime de sécurité Élevé si les marchés baissent
Risque en cas de crise Nul — vous êtes protégé Élevé — flambée possible comme en 2022
Profil adapté Copropriétés prudentes, budget serré Copropriétés avec trésorerie, profil « joueur »

Mon avis pour 2025-2026

Dans ma pratique de conseiller énergie depuis plusieurs années, je recommande le prix fixe pour les copropriétés de moins de 50 lots. Pourquoi ? Parce que les tensions géopolitiques restent imprévisibles, et qu’une flambée comme celle de 2022 peut mettre en péril votre trésorerie. Pour les grandes copropriétés (80+ lots) avec un gestionnaire aguerri, un contrat indexé peut valoir le coup — à condition de surveiller les marchés et d’avoir une clause de sortie raisonnable.

Cet avis est basé sur mon expérience en Île-de-France et Rhône-Alpes. Chaque copropriété a un profil différent — consultez un courtier pour une analyse personnalisée.

Vos questions sur la réduction des charges gaz en copropriété

Risque-t-on une coupure de gaz pendant le changement de fournisseur ?

Non, aucun risque. C’est GRDF qui gère le réseau de distribution, indépendamment du fournisseur commercial. Le changement est une opération administrative — votre chauffage continue de fonctionner normalement.

Faut-il une majorité spéciale en AG pour changer de fournisseur ?

Non, la majorité simple de l’article 24 suffit. Seule exception : si vous souhaitez donner mandat au conseil syndical pour négocier et signer sans repasser en AG, il faut alors la majorité absolue (article 25).

Notre syndic traîne des pieds — comment le faire bouger ?

Inscrivez la question à l’ordre du jour de la prochaine AG via le conseil syndical. Préparez un comparatif chiffré montrant les économies potentielles. Face à des données concrètes et une pression des copropriétaires, peu de syndics résistent.

Les petites copropriétés peuvent-elles aussi négocier ?

Oui, même si le pouvoir de négociation est moindre. Certains fournisseurs refusent les profils sous 100 MWh/an, mais les courtiers spécialisés peuvent mutualiser plusieurs copropriétés pour obtenir de meilleurs tarifs.

Si l’optimisation du contrat ne suffit pas, la prochaine étape logique concerne l’isolation et les équipements. Pour aller plus loin, renseignez-vous sur les aides pour votre rénovation énergétique — certaines copropriétés cumulent jusqu’à 70% de subventions sur des travaux d’isolation.

La prochaine étape pour vous :

Plutôt que d’attendre la prochaine régularisation de charges, posez-vous cette question : quand avez-vous comparé les offres gaz pour la dernière fois ? Si la réponse est « jamais » ou « avant 2023 », vous laissez probablement plusieurs milliers d’euros sur la table chaque année.

Rédigé par Lefebvre Julien, conseiller en énergie spécialisé copropriétés depuis 2018. Il accompagne syndics professionnels et bénévoles dans l'optimisation de leurs contrats de gaz et d'électricité, avec plus de 120 copropriétés conseillées en Île-de-France et régions. Son expertise porte sur la négociation des contrats de fourniture, l'analyse des profils de consommation (CAR) et la préparation des dossiers pour assemblées générales. Il intervient régulièrement en formation auprès de conseils syndicaux.